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Physiothérapie respiratoire pour le long-COVID  : ce qui marche vraiment

Fatigue qui ne passe pas, essoufflement au moindre effort, brouillard cérébral des semaines ou des mois après l’infection : le long-COVID concerne une part significative des patients. La physiothérapie respiratoire peut aider, à condition d’éviter le piège du « pousser pour progresser ».

PH Pascaline H. 3 min de lecture Relecture indépendante

En résumé

Le long-COVID n’est pas une prolongation de la phase aiguë. C’est un syndrome post-viral aux caractéristiques propres, qui répond mal aux approches classiques de rééducation.

Le long-COVID (ou post-COVID-19 condition, selon l’OMS) désigne la persistance ou l’apparition de symptômes au-delà de 12 semaines après l’infection aiguë, non expliqués par un autre diagnostic. Il touche une proportion non négligeable des patients, y compris après formes initiales légères.

Symptômes persistants fréquents

  • Fatigue invalidante (post-exertional fatigue), parfois disproportionnée par rapport à l’effort.
  • Dyspnée au moindre effort, sensation d’oppression thoracique, respiration superficielle.
  • Brouillard cérébral (brain fog) : troubles de concentration, de mémoire, lenteur cognitive.
  • Tachycardie posturale (POTS-like) : palpitations au changement de position.
  • Troubles du sommeil : insomnie, sommeil non réparateur.
  • Douleurs diffuses : muscles, articulations, céphalées.

Différence avec le post-COVID aigu

Le post-COVID aigu (semaines 4-12) concerne une récupération progressive, souvent avec atteinte pulmonaire visible à l’imagerie, et répond bien à un reconditionnement classique, plus intensif.

Le long-COVID (au-delà de 12 semaines) est différent : l’imagerie est souvent normale, et surtout il existe un phénomène de PEM (Post-Exertional Malaise) : l’effort physique ou cognitif peut déclencher une aggravation différée (24-72h après) et prolongée des symptômes. C’est le même mécanisme que dans l’encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique (EM/SFC).

Conséquence majeure : pousser un patient long-COVID avec PEM à faire plus d’efforts « pour progresser » est contre-productif et peut aggraver durablement son état.

Le pacing : principe clé

Le pacing consiste à ajuster activité et repos pour rester sous le seuil déclenchant une PEM. Concrètement :

  • Identifier son « enveloppe énergétique » du jour (variable).
  • Fractionner les activités (tâche à faire ? On la coupe en 2-3 segments avec pauses).
  • Utiliser un moniteur de fréquence cardiaque : ne pas dépasser un seuil personnalisé (souvent 60-70% de la FC max théorique) pendant les efforts.
  • Planifier les repos avant de se sentir épuisé.
  • Alterner activités cognitives et physiques (ne pas tout cumuler).
  • Accepter que les « bons jours » ne soient pas une invitation à en faire plus.

Respiration diaphragmatique

Beaucoup de patients long-COVID développent une respiration superficielle, thoracique haute, qui entretient l’essoufflement et l’anxiété. Réapprendre la respiration abdominale est souvent un levier puissant.

Exercice de base : allongé(e) sur le dos, genoux pliés, une main sur le ventre, l’autre sur la poitrine. Inspirez lentement par le nez en gonflant le ventre (la main sur le thorax reste immobile). Expirez lentement par la bouche, ventre qui rentre. 5 à 10 minutes, 2-3 fois par jour. À pratiquer dans une période calme, pas après un effort.

Compléments souvent utilisés : respiration carrée (4-4-4-4), respiration avec expiration allongée (ex : inspirer 4 sec, expirer 6 sec), mobilisation de la cage thoracique.

Reconditionnement très progressif

Le but n’est pas de répéter un programme « réhabilitation pulmonaire » classique qui peut déclencher des PEM. On avance par petits incréments compatibles avec le pacing :

  • Début par activités en position allongée ou assise : mouvements doux des membres, respiration, étirements.
  • Puis debout avec appui, marches courtes (1-2 min) en terrain plat, plusieurs fois par jour plutôt qu’une seule longue séance.
  • Progression conditionnée par l’absence de PEM dans les 24-72h suivantes.
  • Le vélo allongé ou assis (recumbent) est souvent mieux toléré que la marche ou le vélo classique pour les patients avec POTS-like.
  • Travail des muscles respiratoires si indiqué (inspiromètre de volume, spiromètre à résistance).

Erreurs classiques à éviter

  • « Il faut pousser, se dépasser » : faux, et dangereux dans le long-COVID avec PEM.
  • Objectifs rigides : l’état varie d’un jour à l’autre, le programme doit s’adapter.
  • Ignorer le brouillard cérébral : l’effort cognitif consomme aussi de l’énergie, à intégrer dans le pacing.
  • Repos absolu prolongé : pas l’option non plus, déconditionnement supplémentaire. Équilibre à trouver, individualisé.
  • Ne pas impliquer un médecin : certains symptômes (palpitations, douleurs thoraciques) nécessitent un bilan cardiologique avant toute reprise.

La physio intervient en complément d’un suivi médical (médecin traitant, parfois centre spécialisé long-COVID), pas en isolation.

PH

Pascaline H.

physiothérapeute HES-SO, spécialiste drainage lymphatique, respiratoire & rééducation

Physiothérapeute indépendant. Cet article a été relu pour garantir sa qualité pédagogique. Il n’engage pas la responsabilité professionnelle de son relecteur et ne remplace pas une consultation.

Cet article a été relu par , physiothérapeute indépendant — ne fait pas partie de Genève Domicile.

Sources & références

Les informations de cet article ne remplacent pas une consultation médicale. Pour toute situation clinique individuelle, consultez votre médecin ou un physiothérapeute diplômé.

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