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Tendinite d’Achille  : pourquoi 8 semaines, pas 3

La tendinite d’Achille est une affaire de tissu, pas de douleur. Quand la douleur disparaît, le tendon n’est pas encore réparé. Reprendre la course à 3 semaines, c’est ce que font la majorité des coureurs qui rechutent. Voici pourquoi 8 semaines est le minimum réel.

DG Daniel G. 4 min de lecture Relecture indépendante

En résumé

« Tendinite » suggère une inflammation. Or, depuis 2002, on sait que c’est rarement le cas. Comprendre ce qui se passe réellement change la prise en charge.

Le coureur classique nous appelle deux mois après sa première douleur. Il a essayé de la glace, des AINS, du repos. La douleur est revenue au troisième jour de reprise. Il pense qu’il fait quelque chose de mal. Il ne fait pas quelque chose de mal. Il applique seulement un modèle qui ne marche pas pour les tendons.

Pourquoi le mot « tendinite » est trompeur

Pendant longtemps, on a cru que la douleur tendineuse venait d’une inflammation. Suffixe « -ite », glace, AINS : logique. Mais les biopsies tendineuses font état d’une autre histoire : pas ou peu de cellules inflammatoires. Ce qu’on voit, c’est un tissu désorganisé, avec des fibres de collagène mal alignées, et des néovaisseaux qui s’invitent là où ils ne devraient pas être.

Le terme correct est tendinose ou tendinopathie. Ce n’est pas une querelle de mots : ça change le traitement.

Pourquoi la douleur ment sur l’état du tendon

La douleur tendineuse a un comportement particulier : elle disparaît après échauffement, et revient plusieurs heures après l’effort. C’est ce qui fait qu’on a l’impression d’aller mieux pendant qu’on court. On a l’impression que « c’est bon, je suis guéri ». Sauf que la réparation du tissu collagénique prend des semaines, pas des jours.

Résumé : quand la douleur quotidienne disparaît (généralement à 3-4 semaines de traitement bien mené), le tendon est encore en pleine réorganisation. Reprendre la charge complète à ce stade, c’est interrompre la réparation. Et c’est là que la récidive intervient : 40 à 50% des coureurs qui n’attendent pas que la récupération soit complète re-déclenchent une tendinopathie dans les 6 mois.

Le protocole Alfredson (et pourquoi il a tout changé)

En 1998, le médecin suédois Hakan Alfredson, lui-même en tendinopathie d’Achille sévère, allait se faire opérer. En attendant son opération, il a décidé de tester un protocole : 3 séries de 15 répétitions d’excentrique chaque jour, sur 12 semaines. Quand il est arrivé chez le chirurgien, il n’avait plus de douleur. Plus besoin d’opération.

20 ans de littérature plus tard, le protocole d’Alfredson reste la base de la prise en charge. Les méta-analyses Cochrane confirment : les exercices excentriques sont la modalité la plus efficace. Plus que le repos, plus que les AINS, plus que la cryothérapie, plus que les ondes de choc en première intention.

Le protocole :

  • Debout sur une marche, pointe des pieds, talon dans le vide.
  • Vous montez sur les deux pieds (la phase concentrique).
  • Vous passez tout votre poids sur la jambe douloureuse, et vous descendez lentement (la phase excentrique, c’est elle qui compte).
  • 3 séries de 15, 2 fois par jour. 7 jours sur 7. Pendant 12 semaines.

Pas plaisant. Souvent légèrement douloureux pendant 2-3 semaines. C’est OK, c’est même partie du mécanisme.

Pourquoi 8 semaines, pas 3

Le tissu tendineux se remodèle lentement. C’est un tissu peu vasculaisé, peu cellulaire, mais très structuré. La réorganisation des fibres de collagène demande :

  • Semaines 0-3 : phase initiale, douleur dominante, pas de réparation encore.
  • Semaines 3-6 : la douleur quotidienne baisse, le tendon commence à réparer. Piège : vous vous sentez bien, vous voulez reprendre. NE PAS reprendre.
  • Semaines 6-8 : réorganisation active des fibres. Charge progressive, jamais brutal.
  • Semaines 8-12 : reprise de la course, kilétrage progressif sur 4 semaines.

Tenter le marathon à la semaine 4 parce que vous n’avez plus mal : c’est la garantie d’être en récidive à la semaine 6. Pour les marathoniens du dimanche pluvieux, c’est frustrant : il faut accepter que la blessure dicte le calendrier, pas le marathon qu’on s’est inscrit.

Les erreurs classiques qu’on voit en cabinet

Après plusieurs centaines de tendinopathies traitées par notre réseau, les mêmes erreurs reviennent :

  • Repos absolu pendant 3 semaines : contre-productif. Le tendon a besoin de charge progressive pour se réparer. Le repos absolu déconditionne sans soigner.
  • Infiltration de cortisone : très pratiquée, mais le niveau de preuve est faible voire défavorable. Soulagement court terme, retard de cicatrisation, risque de rupture. Pas la première option.
  • Massage transverse profond (Cyriax) seul : peut aider, mais pas suffisant. Si votre physio ne vous donne pas d’exercices excentriques en complément, posez la question.
  • Ondes de choc en première intention : efficace, mais le rapport coût-bénéfice est meilleur quand on commence par l’excentrique. Les ondes de choc se réservent aux cas chroniques (>6 mois).
  • Reprise progressive trop rapide : la règle des 10% : pas plus de 10% d’augmentation du kilétrage par semaine. Tenir 4-6 semaines.

Quand consulter un physio

Pas la peine de venir à nous dès la première douleur. Essayez 1-2 semaines de réduction d’activité + glace post-effort. Si la douleur ne baisse pas, ou si elle récidive dès la reprise, c’est le bon moment :

  • Bilan complet (palpation, tests, éventuellement échographie sur prescription si le médecin l’estime utile).
  • Mise en place du protocole excentrique avec adaptations à votre cas.
  • Conseils chausses, surface, kilétrage.
  • Si chronique : discussion sur les ondes de choc avec votre médecin.

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DG

Daniel G.

physiothérapeute formé en Espagne (diplôme reconnu CRS), spécialiste orthopédie, gériatrie, dos & genou

Physiothérapeute indépendant. Cet article a été relu pour garantir sa qualité pédagogique. Il n’engage pas la responsabilité professionnelle de son relecteur et ne remplace pas une consultation.

Cet article a été relu par , physiothérapeute indépendant : ne fait pas partie de Genève Domicile.

Sources & références

Les informations de cet article ne remplacent pas une consultation médicale. Pour toute situation clinique individuelle, consultez votre médecin ou un physiothérapeute diplômé.

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